Le meneu-meneu québecois

En préparant mon cours de rédaction pour mes étudiants, j’ai découvert Georges Dor et ses célèbres livres : Ta mè tu là et Anna braillé ène shot. Pour les francophones hors Canada, il faut comprendre : Est-ce que ta mère est là ou ta mère est-elle là?  et  Elle a beaucoup pleuré (elle en a braillé une shot).

Georges Dor 1931-2001

Bon passée cette belle introduction, mister Georges nous plonge directement dans sa vision des choses : le parler québécois est une langue informe, invertébrée, dérivé incompréhensible de la langue française. Bon il y va un peu fort, mais il a pas tout à fait tort dans tout!

“Gad! Gad là! ” s’écriait une mère qui passait devant lui en pointant du doigt un clown. Ce sont deux syllabes qui se trouvent amputées du verbe regarder… et que l’enfant apprendra tel quel. C’est là tout le problème qu’expose notre ami Georges. Qui sinon les parents sont supposés à nous apprendre à parler ? De qui tient-on nos expressions si ce n’est de nos parents ? Bref, si les parents amputent tout le langage… on va se retrouver avec des rédactions certes plus rapides à corriger, mais sans aucun sens aucun!

“Chu”… Georges nous fait remarquer que les québécois mourront sans jamais avoir été. Et oui ils n’auront jamais dit “je suis”. Ils auront dit toute leur vie durant CHU… Si un francophone ou même un étranger qui aurait appris notre langue venait à entendre ce mot, il n’aurait aucune idée à quoi il se rattache. Aucune marque du JE ou même du SUIS… à part le U finalement…

Mise à part cette façon de voir les choses, il aborde un sujet qui m’attire particulièrement : l’enseignement. Il apporte un bon point en se demandant pourquoi dès les premières années à l’école on s’efforce de faire rentrer des règles grammaticales dans la tête des enfants alors qu’ils ne savent même pas prononcer correctement les verbes qu’ils conjuguent. “On voudra leur apprendre à écrire Je suis, sans jamais leur avoir appris à le prononcer. Comprenez-vous l’absurde d’une telle approche pédagogique?

Le pire étant qu’après les années d’école élémentaire (de la 1ère à la 6e année), on passera au secondaire de la 7e à 12e (pour l’ontario) et du secondaire 1 au secondaire 5 pour le québec sans s’attarder sur le français en tant que tel. On apprendra la poésie, on apprendra à écrire un texte avec des arguments, on apprendra à écrire des articles mais peu importe le nombre de fautes! Au mieux on enlèvera un point par faute avec un maximum de 20 % de la  note… Donc 20 ou 100 fautes, ce sera la même punition… Pas très logique tout ça!

Il reprend ensuite une chronique d’un journaliste qui explique qu’il est allé parler à des étudiants de secondaire lors de la semaine de la Francophonie. Il a vu devant lui des boeufs! Du bétail qui se dirigeait vers un auditorium avec un entrain absent, des paupières lourdes de sommeil et baillant aux corneilles!

Ces faces de boeufs, j’en ai vu quelques une dans mes cours. Pas beaucoup mais assez pour me motiver à les captiver et à les ramener à l’état d’humain pensant. Peut-être que je suis sortie de la clôture, peut-être que j’ai pas complété mon programme ce jour-là, mais j’ai réussi à reprendre l’attention de ces animaux errants.

En m’attaquant au cours de rédaction, je sais bien que je vais avoir de bien belles surprises et même probablement que je vous partagerai les plus belles perles.

Je me suis un peu éloignée du sujet car là où je voulais en venir c’était le fait de savoir si le parler québécois ou francophone du Canada devait revenir à un “français international” comme on dit à Radio-Canada.

Si ici on se mettait à parler comme on écrit, c’est certain que cela ferait bizarre. On peut bien glisser quelques “tu” en plus dans une phrase sans en faire tout un plat… Justement t’en veux-tu de mon plat ?

On peut aussi faire quelques accords qui n’existent pas… C’est faite!

Au fond, le principal reste de savoir que cela peut se dire mais ne s’écrit pas. Et c’est sur ça que je vais insister avec mes élèves pour mon  premier cours. Dites-le, mais ne l’écrivez pas!

On va faire un jeu bien drôle qui sera de retraduire en français écrit le mot inexistant dans le dictionnaire mais pourtant bien existant dans la langue POGNER.

Exercez-vous et traduisez ces phrases :

1.Arrête de t’pogner l’cul!
2.M’a t’pogner!
3.C’t’une fille qui pogne!
4.J’ai pogné mes affaires pis j’ai sacré mon camp!
5.Y m’pogne une envie!
6.J’ai pogné un ticket!
7.Y s’est faite pogné

À vous de jouer maintenant!

Lecture :
DOR Georges, Anna braillé ène shot (elle a beaucoup pleuré), Essai sur le langage parlé des québécois, Lanctôt éditeur, 1996.

Autres articles sur la langue québécoise

Mai 2006 : Je pense en québécois. C’tu grave? 
Juin 2006 : Article très drôle où je commence à parler des différences entre les deux langues…

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3 Responses to Le meneu-meneu québecois

  1. elPadawan says:

    Ça m’a l’air d’un auteur très intéressant! Je trouve la linguistique québécoise pour le moins fascinante (peut-être parce que je suis français, tu m’diras…), et de ce que j’ai pu percevoir, j’ai l’impression que le québécois est un sujet que tous les Québécois ont à cœur, que ce soit pour critiquer sa trop forte anglicisation, son éloignement du français, ou bien pour défendre sa spécificité, son originalité, et son identité… Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sa langue maternelle :).
    Enfin je pense que le problème de distinction entre langue écrite et parlée pour les jeunes québécois et québécoises se pose dans la même mesure pour les jeunes français, entre le langage SMS et le français “correc'”…

  2. melgatt says:

    oui c’est vraiment intéressant… surtout qu’il y a 3 ouvrages qui suivent celui-ci!

    En fin de livre, il parle de langue paternelle car il explique que la déformation vient souvent du père (bon ça reste à prouver!) et que depuis qu’on a mêlé les ptits gars aux ptites filles dans les écoles, le langage a beaucoup perdu!

    Par rapport au langage SMS… on a le même problème ici au Québec! Alors j’ose même pas imagine à quoi vont ressembler les rédactions que je vais lire cette année! Joual-Franco-SMS… va me falloir un dico!

  3. Joel says:

    Pogner, c’est le verbe empoigner qui a perdu son «em». Les européens disent chopper. La plupart du temps on peut le remplacer par prendre ou attraper.

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