Les franco-ontariens

 

Depuis maintenant deux mois, je vis en Ontario. Je travaille en Français et je vis en anglais. Ma job consiste en l’organisation du marché des spectacles francophones en Ontario. C’est là que le sujet prend toute son importance. En arrivant icitte, je pensais qu’il s’agissait d’un événement de plus pour promouvoir le côté bilingue de notre pays d’accueil. Pantoute ! Derrière cet événement se cache une réalité toute autre : la défense de la langue française par ceux que l’on appelle les FRANCO-ONTARIENS.

 

Qui sont ces gens ? D’où viennent-ils ? Pourquoi habitent-ils du côté anglophone s’ils parlent français? Pourquoi se battre pour le bilinguisme? Que vient faire la culture dans cette bataille? Voilà autant de questions que je me suis posée à mon arrivée. Aujourd’hui, j’aimerai vous faire connaître une situation très peu connue de nous autres maudits français : l’importance des minorités francophones au canada et en dehors du Québec.

 

Où sont-ils?

Les francophones représentent près de 5% de la population de l’Ontario (550.000), soit 7% de la population québécoise. Il s’agit de la plus grande minorité linguistique en Ontario. Les franco-ontariens sont installés principalement à Ottawa (22%) et de manière générale dans l’est de la Province. Cornwall est une ville type du Canada bilingue. Elle se situe à 100km de Montréal et 100 km d’Ottawa. Elle compte 100.000 francophones parmi sa population.

On retrouve également au nord de l’Ontario un quart des franco-ontariens. Certains villages sont majoritairement francophones, tel Hearst avec 95% de sa population francophone.

Il est intéressant de savoir que près de 38% des franco-ontariens n’ont pas le français comme langue d’usage mais plutôt l’anglais.

 

Qui sont-ils?

Le terme franco-ontarien est assez récent. Les Canadiens-français (francophones hors Québec) ne voulaient plus de cette appelation. Après la révolution tranquille (années 60), chaque communauté s’est rassemblée pour trouver un nom plus approprié. En Ontario, il y a eu une hésitation entre franco-ontarien et ontarois.

Certains partent du principe que les Franco-ontariens sont les francophones de l’ontario peu importe leur lieu de naissance. D’autres pensent que ce sont uniquement les canadiens français de l’Ontario.

Ainsi Louise Charron  a été la « première franco-ontarienne à la Cour Suprême », alors que Louise Arbour qui l’avait précédée n’a pas eu droit à ce titre car elle était née au Québec (malgré une carrière en Ontario)…

Que dire alors d’Avril Lavigne et d’Alanis Morissette… ce sont deux artistes franco-ontariennes car nées de parents franco-ontariens en Ontario mais elle vivent et travaillent en langue anglaise… Elles ne sont donc pas des canadiennes-françaises…

L’inverse est aussi valable : Paul Martin (premier ministre du Canada) est né en Ontario (Windsor) d’un père franco-ontarien et d’une mère anglophone… Mais les canadiens le considèrent comme québécois car sa carrière politique a été menée principalement à Montréal…

Pas facile d’être reconnu comme Franco-Ontarien !!!

 

 

D’où viennent-ils ?

Trois vagues d’immigration ont vu des francophones s’installer en Ontario. Au 18ème siècle tout d’abord, des Français ont migré vers Windsor. Au 19ème et 20ème s. les québécois ont migré vers le nord et l’est de l’Ontario. Mais comme l’Ontario était principalement anglophone, les migrants ont fondé leur villages ou se sont mélangés aux communautés francophones qui existaient déjà.

Enfin la troisième vague d’immigration vient d’autres endroits francophones dans le monde : Haïti, Afrique, … . Ces immigrants se sont intégrés dans les grandes métropoles ontariennes et ont davantage conservé leur culture d’origine. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre des jeunes africains switcher en anglais/français dans la rue !

Les franco-ontariens d’aujourd’hui peuvent donc avoir un lien avec l’une de ces trois vagues d’immigration.

 

La bataille pour le français ou le bilinguisme

L’Ontario n’est pas officiellement une province bilingue. Ottawa, malgré le fait qu’il s’agisse de la capitale nationale, ne l’est pas non plus. Les franco-ontariens se battent d’ailleurs en ce moment pour obtenir le statut de ville-bilingue. Le téléjournal annonçait hier que le projet chef de la police de la ville serait bilingue s’il était recruté en dehors des rangs de la police… Affaire à suivre.

Une loi sur les services en français a été créée en 1986. Elle désigne 23 endroits où les services provinciaux doivent pouvoir être donnés en langue française. Il faut savoir qu’un endroit est reconnu bilingue quand il représente au moins 10% du total de la population.

 

Le règlement 17 de 1912 a bien failli faire disparaitre notre langue maternelle en Ontario. Il interdisait l’usage du français dans les écoles ontarienne. Aujourd’hui la réalité est différente. 8 conseils scolaires de langue française catholiques et 4 conseils publiques ont vu le jour. On remarque que l’école franco-ontarienne est à 90% dirigée par le catholicisme. En comparaison, l’école québécoise est entièrement laïque.

 

 

Culture et symbole des Franco-Ontariens

Le plus gros symbole est certainement le drapeau.

– Le vert et blanc symbolise l’été et l’hiver. Le trillium est la fleur emblème de l’Ontario et la fleur de lys celle de la francophonie mondiale.

– 4 compagnies théâtrales francophones sont installées à Ottawa. Et d’autres organismes soutiennent le théâtre franco-ontarien.

Des journaux francophones sont présents en Ontario : Le Droit à Ottawa, l’express à Toronto, le Voyageur à Sudbury, l’Action à London, e journal de Cornwall dans l’Est ontarien…

La télé que je regarde icitte est TFO, télévision française en Ontario.

 

 

Le langage franco-ontarien

On retrouve évidemment beaucoup de similitudes avec le québécois. Mais l’emploi d’anglicismes est plus fréquente. La langue populaire franco-ontarienne s’éloigne du français et tend à se rapprocher de la syntaxe anglaise.

 

 

 

 

Anecdotes

Le 19 octobre 2004, un avocat de Toronto a contesté une amende de stationnement car la ville n’avait pas affiché les panneaux bilingues en accord avec la Loi sur les services en français. La ville de Toronto devrait faire appel de la décision.

 

L’hôpital Montfort est le dernier hôpital francophone de la ville d’Ottawa, en Ontario. Le gouvernement conservateur de Mike Harris avait menacé de fermer cette institution franco-ontarienne à la fin des années 1990.

La forte mobilisation du mouvement SOS Montfort dont la pétition avait récolté un grand nombre de signatures, avait à l’époque permis de garder l’hôpital ouvert en conservant sa spécificité bilingue. Ainsi les patients franco-ontariens peuvent se faire soigner dans leur langue maternelle.

 

Voilà ce que je peux vous apprendre sur les Franco-ontariens. J’espère ne pas avoir été trop longue et que la lecture fut agréable… Je vous souhaite un doux retour sur la planète Terre.

Sachez qu’il existe également des franco-manitobains du Manitoba et des fransaskois du …. je vous laisse deviner la province !!!!

 

 

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2 Responses to Les franco-ontariens

  1. Jean-Richard says:

    Suite aux événements politiques au Québec, par lesquels ses Canadiens français de cette province ont commencé à s\’appeler "Québécois", les Canadiens français des autres provinces ont été obligé de se trouver de nouveaux noms. Malgré celà, le nom canadien français est tout de même assez répandu en Ontario et s\’pplique aux francophones dont les ancêtres ont colonisé la Nouvelle-France. Pour les nationalistes québécois, se divorcer de leurs compatriotes dans le reste du Canada était une façon de se laver des mains des luttes linguistiques hors Québec. Ce n\’était point dans l\’intérêt séparatiste de promouvoir l\’usage du français dans les communautés hors Québec. Ils préféraient répandre le mythe des "deads ducks" que de reconnaître que des communautés francophones pouvaient fleurir dans un Canada qu\’ils voulaient anglais et anti-français. Le Québécois est par définition moins à l\’aise dans le reste du Canada que ne l\’étaient ses ancêtres canadiens français.
     
    C\’est un anachronisme de parler de "Québécois" venus s\’installer en Ontario. À l\’époque, ces gens étaient tous Canadiens français peu importe leur province ou état d\’origine.  Il y avait un bon nombre de Canadiens français nés aux États-Unis qui sont venus s\’installer en Ontario et dans l\’Ouest.
     
    Quelques précisions :
     
    Oui, les villes ayant plus de 10% de francophones sont assujetties à la Loi sur les services en français, mais les endroits qui comptent plus de 5 000 francophones sont aussi soumis à la Loi 8.  Ainsi, Toronto  qui ne compte pas 10% de francophones offrent des services en français dans les bureaux du gouvernement provincial.
     
    Il y a en effet 25 régions désignées par la Loi 8. La ville de Kingston est la plus récente addition à la liste.
     
    Autre fait important, la province reconnaît officiellement le drapeau franco-Ontarien comme un symbole de la province.
     
    Dernièrement, la Loi sur les tribunaux judiciaires stupule que " Les langues officielles des tribunaux de l’Ontario sont le français et l’anglais."

  2. sophie says:

    Merci Mél de nous faire partager toutes ces connaissances et ces expériences de vie!!
     saskatois=franco-saskatchewanais?(mais je ne suis pas vraiment sûre de la terminaison là…)
    J\’aimerai bien savoir qui est la personne qui a fait le commentaire précédent, elle a l\’air super calée sur le sujet et très sérieuse et tout…
    Travailles-tu pour un organisme officiel Mr ou Mme Sans Nom?
    Et ai-je le droit de stupuler moi aussi??? 😛
     
     
     

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